ACTIONS ET PROGRAMMES   Prugramma Sulidarità - Lutte contre le travail esclave au Brésil

 

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La lettre de Xavier Plassat,
frère dominicain, coordinateur de la campagne contre le travail esclave au Brésil, menée par la Commission Pastorale de la Terre (CPT).

 

Prugramma Sulidarità  :: Associu pè une Fundazione di CorsicaChers amis et amies de la Fundazione di Corsica,

Voici plusieurs années que nous sommes en contact et voilà plus de deux ans que votre Conseil a approuvé une aide directe à l´une de nos actions réalisée dans le cadre de notre campagne nationale contre le travail esclave au Brésil : il s´agit de l´accueil que nous proposons à des travailleurs ruraux (ouvriers agricoles) dans le besoin parce qu’ils viennent de s'échapper d’une ferme où ils étaient maintenus en situation de travail analogue à celle d´un esclave ou bien parce que le groupe spécial d'inspection du travail vient juste de les en délivrer et que, dans l’immédiat, ils ne savent où aller.

Telle est la fonction de la Casa Dona Olinda que nous avons créée voici 3 ans tout près d´Araguaína dans une fermette située au bord de la rivière Lontra et marquée par une qualité d´environnement devenue rare... même en Amazonie. Dans ce lieu protégé et destiné à garantir la sécurité et la paix à ces travailleurs qui viennent de passer par une « grande tribulation », nous ne réalisons aucune autre activité que l´accueil : accueil aux esclaves libérés et accueil à quelques groupes liés à la CPT ou au mouvement paysan ou encore aux communautés indiennes de notre région quand ceux-ci ont besoin d´un lieu calme et serein pour y mener une réflexion, une formation, une rencontre de quelques jours.

L'appui reçu de la Fondation nous a permis de réduire au minimum les coûts fixes de gestion de la Casa Dona Olinda en allégeant substantiellement la principale de nos charges qui est celle du salaire du gardien, un homme qui assure aussi bien l´accueil que le gardiennage et la manutention de ce modeste centre (6 chambres équipées chacune avec 4 lits, sanitaires, salle de réunion + une petite maison d´habitation avec 2 chambres).

Les activités d´accueil de groupes de formation ou de rencontres sont autogérées par les participants eux-mêmes, qui doivent assurer cuisine et approvisionnement, contribuant seulement aux coûts généraux par le biais d'une taxe de séjour très accessible.

Au cours des deux dernières années, nous avons la satisfaction de constater une tendance assez nette à la réduction du rythme de cas de « travail esclave » dénoncés dans cette région du nord du Brésil, sans pouvoir encore affirmer que la partie est gagnée. Ceci a un effet direct sur la demande de refuge et de protection reçue par la Casa Dona Olinda. Nous distinguons les cas dénoncés par les travailleurs qui nous sollicitent, selon la gravité des conditions décrites : nous qualifions de type 1 ou 2 les cas les plus graves, qui généralement sont du travail esclave avéré, et de type 3 les cas qui sont passibles d´une régularisation, d´une inspection, d´une médiation ou d´une action devant le juge. Voici les chiffres pour ces 2 dernières années (jusqu’août 2012) :

ETAT

année 2011
TYPE 1&2
année 2011
TYPE 3
année 2012
TYPE 1&2
année 2012
TYPE 3
MA 21 0 12 1
MT 1 0 1 0
PA 21 3 11 6
TO 16 19 5 4
OUTROS 9 2 4 1
TOTAL 68 24 33 12

En personnes/jour, nous avons enregistré la fréquentation suivante :
2009 : 207
2010 : 431
2011 : 854
2012 (8 mois) : 623

Pour donner une idée des situations auxquelles nous sommes confrontés, nous reproduisons à la fin de cette lettre quelques histoires réelles de ceux qu'un jour nous avons accueillis. L'une de ces histoires, divulguée en ligne par notre partenaire américain « Free the Slaves » a fini par être sélectionnée par le Bureau du combat contre le Trafic humain du Département d´Etat nord-américain et publiée dans le TIP Report 2012 (p.21), avec une photo de Ronival et Joël prise dans la Casa Dona Olinda :

Notre projet continue. Nous comptons aussi sur la continuité de votre aide. Pour vous donner une idée plus complète de l'ensemble dans lequel s'inscrit l'action à laquelle vous collaborez, nous avons préparé un diaporama :

Vous pouvez également consulter une présentation en mode Powerpoint en suivant le lien (68,4 Mo) :
https ://www.dropbox.com/s/efkgndjhj1y5wtj/Programme%20CPT-TE%202010-2011%20RESULTATS.pps?m
Elle est également disponible en format PDF (17,4 Mo) sur :
https ://www.dropbox.com/s/de5qkn4i2qbo985/Programme%20CPT-TE%202010-2011%20-%20QQ%20RESULTATS%20DE%20NOTRE%20CAMPAGNE.pdf

 

Il nous reste à vous remercier très chaleureusement pour l'intérêt manifesté pour cette cause, et vous assurer de notre profond et fraternel respect.

 

Araguaína, 1° octobre 2012

Xavier Plassat (frère dominicain) – coordinateur de la Campagne

 

 

PS. Ci-après le compte de résultats de la Casa Dona Olinda (en R$, pour le dernier exercice (2011) :

3 RECETTES 2011 – CASA DONA OLINDA 14.541,28
3.2 DONS ET CONTRIBUTIONS PROPRES 14.368,60
3.2.1.01.01.001 RecDoacao de pessoas fisicas 899,99
3.2.1.01.01.002 RecDoacao de pessoas juridicas 13.388,61
3.2.1.02 PRODUTO DAS ATIVIDADES 80,00
3.3 REVENUS D’APPLICATIONS 172,68
     
4 DEPENSES 2011 14.541,28
4.1 DEPENSES PERSONNEL 9.200,48
4.1.1.01.01 DESPESA COM REMUNERACAO 6.851,22
4.1.1.01.03 DESPESA COM ENCARGOS SOCIAIS 1.659,26
4.1.1.02 SERVICOS DE TERCEIROS 690,00
4.2 DEPENSES D’ACTIVITES 188,81
4.3 DEPENSES DE FONCTIONNEMENT 4.990,69

 

 

 

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QUELQUES CAS DE VICTIMES AIDÉES PAR LA CPT

1. FRANCISCO JOSÉ DOS SANTOS OLIVEIRA

27 ans, marié, père de 2 enfants, alphabétisé. Membre d´un groupe de travailleurs agricoles du Piauí qui, en 2006, travaillaient dans la fazenda Boca do Monte à proximité de la Fazenda Tigre, une ferme dans l´Etat du Pará (Santana do Araguaia, 1500 km de distance) où le Groupe Mobile libéra 78 travailleurs exploités en situation d´esclavage, tous originaires du même village que Francisco (Monsenhor Gil). Son patron, informé de cette action, décida de renvoyer le groupe de Francisco.

De retour au Piauí, la CPT locale, informée par la CPT du Pará, contacta les 2 groupes et commença un travail de sensibilisation et organisation visant :
1. À garantir le paiement des rémunérations dues aux membres du groupe de Francis par le moyen d´une action devant la justice du travail dans le Pará,
2. À faire qu´à l´avenir ces travailleurs aient accès à d´autres possibilités que la seule migration temporaire.

L´idée se forma alors de revendiquer une terre auprès de l´Office national de réforme agraire (INCRA). Francisco participa de toutes les étapes de ce processus qui finalement, en 2009, aboutit à l´installation de 30 familles sur les terres d´une fazenda spécialement acquise par l´INCRA : l´assentamento Nova Conquista. Aujourd´hui Francisco a repris ses études, il est le président d´une association de travailleurs migrants qui a pour objectif d´alerter ses semblables sur les risques du travail esclave.

Type d´esclavage : interviewé par l´éducateur de la CPT, Francisco décrit les aspects typiques de l´esclavage pour dette avec conditions dégradantes de travail. Lui-même, à l´époque sans travail et sans accès à une terre, avait été embauché par l´entremise d´un « gato » (intermédiaire) qui était allé jusqu´à son village. [...]

Assistance fournie par le projet : dans le cas de ce groupe, il s´agit d´un accompagnement de longue haleine, qui a commencé en 2004 après la libération de 78 esclaves de la fazenda Tigre, a continué ensuite sous la forme d´appui légal (mise à disposition d´un avocat) et d´orientation, et culminé dans la concession en 2009 d´une terre pour le groupe. Depuis, comme la terre seule ne suffit pas à résoudre le problème (il faut une route pour y accéder, des crédits pour commencer la production, une école et un dispensaire, des maisons), la CPT continue à orienter le groupe dans les multiples actions nécessaires pour que l´Etat mette en œuvre ses obligations.

Résultats : après une occupation et manifestation publique dans la capitale, Teresina, les assentados ont enfin obtenu, en 2010, les premiers crédits d´installation. Aucun d´eux n´est plus allé travailler hors du municipe. Francisco, qui chaque année allait couper la canne à sucre près de São Paulo, confirme qu´il n´a plus besoin de cela pour vivre décemment. Il a été élu par ses collègues président de l´association constituée pour défendre les intérêts de ces paysans. Cette association se préoccupe aussi d´alerter les autres travailleurs de la région, organisant diverses actions pour les sensibiliser aux risques du travail informel.

Participation des victimes : de bout en bout les victimes se sont impliquées. Aujourd´hui ce ne sont plus des « victimes » mais des agriculteurs fiers de leur victoire et exigeant qu´on les respecte.

 

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2. JOEL NORONHA DE SOUSA

29 ans, célibataire, un ouvrier agricole sans résidence fixe, « peão do trecho » c.à.d ouvrier « de grand chemin », est un habitué du travail de force dans les fermes d´Amazonie (il peut citer une quinzaine de fermes où il a travaillé, embauché par le biais de « gatos » ; dans la plupart des cas il y a « laissé des plumes »). Il a fréquenté l´école primaire jusque la 4e série. Cette année, au mois d´août il est venu frapper à la porte de notre CPT du Tocantins (Araguaína) sur le conseil du Procureur du Travail et de la Police Fédérale. Son cas n´était plus susceptible de provoquer une inspection du travail puisque tous les travailleurs s´étaient enfuis. Nous avons donc tenté d´assister Zacarias dans l´action qu´il décida d´intenter contre son dernier patron : assistance légale, aide médicale (de longue date, Joël présente un problème d´otite et de migraine), hébergement (mise à disposition de notre centre d´accueil Casa Dona Olinda) et alimentation. Finalement Joël, après 3 mois d´attente pendant lesquels il est resté avec la CPT, fournissant d´ailleurs quelques menus services, a obtenu gain de cause : une indemnité de 3500 US-$ lui a été allouée. Il a repris contact avec sa famille dans le Pará et jure qu´il ne retournera plus travailler dans une ferme ni avec un « gato » : il espère maintenant, avec l´appui de la CPT, accéder au programme de réforme agraire du gouvernement.

Type d´esclavage : tous les cas vécus par Joël comportent en doses variées des conditions de travail dégradantes, des conditions d´hébergement, d'alimentation et cadre sanitaire indécents, une sous ou non-rémunération et la mise en œuvre d´artifices visant à l´empêcher de quitter le travail avant que l´employeur n´en ait décidé ainsi : endettement, confiscation de documents personnels, isolement géographique.

Assistance fournie par le projet :
Accueil et hébergement durant les 3 mois nécessaires à l´aboutissement de sa demande auprès de la Justice du Travail, accompagnement dans les démarches administratives et pour la recherche et l'obtention de soins médicaux, dialogue et suivi régulier pour évaluation des débouchés possibles (en cours), y compris inscription dans un groupe de travailleurs sans-terre en lutte pour l´obtention d´une terre dans le cadre du programme de réforme agraire.

Personnel chargé du suivi et perspectives :
Plusieurs membres de l´équipe éducative de la CPT se sont engagés dans l´accueil et le suivi de Joël, particulièrement l'éducateur du programme de la Campagne, Samuel. L´objectif recherché est l´insertion professionnelle de Joël dans une forme de travail qui lui rende autonomie et dignité.

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2BIS – JOEL
Ce même ouvrier agricole, Joël Pereira est revenu solliciter notre appui en juillet 2011 mais, cette fois, en faveur d´un vieil ouvrier agricole qu´il venait d'aider à fuir d´une situation de quasi-esclavage dans une ferme de l´état voisin (le Pará) où cet homme de près de 70 ans, sans aucun document d´identité, avait été maintenu dans les pires conditions d´humiliation et de misère depuis plus de 10 ans. Il y était corvéable à merci, privé de tout soin malgré divers problèmes graves de santé. Nous avons entrepris les actions nécessaires pour :
1. Régulariser sa situation auprès de l´état civil,
2. Engager une action contre l´employeur auprès du tribunal compétent (Marabá), avec une audience fin janvier 2012 qui a conduit à la définition d´un accord avec versement d´indemnité par l´ex-patron,
3. Garantir sa sécurité personnelle face aux pressions réitérées de l´employeur à son encontre et contre la CPT.
Joël est resté avec nous tout au long de l´année 2011, devenant finalement et pour quelques mois le gardien de la Casa Dona Olinda et rémunéré à ce titre.

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3. REGINALDO DOS SANTOS SILVA TRABALHADOR DE SÃO FÉLIX DO XINGU

Reginaldo dos Santos Silva, 26, père d´une fille de 4 ans, scolarisé jusqu´à la 1e année du secondaire. Sait lire et écrire et possède ses documents d´identité […] Reginaldo habite à São Félix do Xingu, PA, avec sa mère qui est employée domestique et élève sa petite fille que la mère a abandonnée. Il vit de boulots successifs dans les fazendas en qualité d´ouvrier agricole ou de bûcheron. Il est revenu cette année à la CPT d´Araguaína pour solliciter le peu d´argent qui lui manquait pour retourner chez lui en autobus après avoir fait le voyage inverse dans l´espoir de gagner un bon salaire dans une ferme de Babaçulândia, dans l'Etat du TOCANTINS. Le fils du propriétaire – qui habite aussi São Félix où son père possède une autre fazenda où Reginaldo a travaillé dans le passé – lui avait fait de belles promesses. Mais après 3 jours de travail il a découvert qu´il ne serait pas payé à la hauteur du dur travail demandé. Reginaldo a donc décidé de renoncer et de retourner chez lui, avec en poche seulement une vingtaine de R$. Il a passé une nuit dans la gare routière et au petit matin est venu se présenter à la CPT, sollicitant une aide financière pour terminer son voyage (environ 500 km en bus). Nous l´avons accueilli. Nous lui avons expliqué que nous n´avons pas d´argent pour cela mais que nous pourrions, s´il en est d´accord, lui payer 2 ou 3 journées de salaire moyennant travail dans le centre d´accueil de la CPT (Casa Dona Olinda). Il est tombé d´accord et a passé 3 jours à installer une clôture avec Pedrinho, alors gardien de la Casa. Nous avons longuement discuté avec lui avant de le laisser repartir chez lui avec en main l´argent nécessaire pour le voyage. (R$ 100,00).

C´est la 3e fois que Reginaldo vient nous voir :

En 2003 il est allé à notre bureau de Tucumã pour dénoncer la fazenda Baixadão dont il venait de fuir, avec un collègue, Pedro. Il avait été embauché, avec 28 autres travailleurs, par un intermédiaire dans la ville de Colinas, TO, où il résidait alors. La ferme Baixadão appartenait à un commerçant de Colinas mais était située à 300 km au-delà de São Félix, en pleine forêt amazonienne. Le service était de déboisage. Après 2 mois il a contracté une malaria grave. Après beaucoup d´insistance et même des menaces de mort, le gérant de la ferme l´a ramené à l´hôpital de São Félix. Arrivé là, avec l´aide du syndicat et de la CPT, il a été évacué vers une maison où il pouvait être en sécurité pour sa convalescence. Sur la base des informations fournies alors par Reginaldo, une inspection du Groupe Mobile fut réalisée, libérant 28 personnes. Reginaldo fut aussi inclus dans la liste de ceux qui reçurent leurs droits.

Selon le témoignage qu´il nous avait laissé à l´époque, le voyage jusqu´à la ferme fut une première épreuve : en autobus jusqu'à Xinguara (400 km) puis 6 jours de voyage dans un autre bus puis sur un tracteur, avec seulement un repas par jour. S´ils réclamaient, le gato les insultait ou les invitait à manger des cailloux et boire de la boue. Arrivés sur place, il n´y avait rien de ce qui avait été promis : pas de logement, eau non potable, révision du salaire à la baisse malgré la densité de la végétation qu'il s'agissait d´élaguer. Puis le gato se mit à les menacer : si quelqu´un s´imaginait quitter l´endroit sans payer ses dettes, il le tuerait. Le gato avait un pistoleiro qui menaçait de tuer pour l´exemple un ou deux peões (travailleurs agricoles). Autre chose inquiétante : le commerçant qui commande l´entrée jusqu´à la ferme avait mission d´informer le gérant de tout mouvement suspect, y compris l´éventuelle arrivée de la Police Fédérale.

En 2009, Reginaldo est venu de nouveau demander l´aide de la CPT, cette fois à Araguaína et pour dénoncer une ferme de Santa Fé, TO, la fazenda Marina : il décrivit le même scénario : embauche par l´intermédiaire d'un gato, Sérgio, pour le compte du propriétaire Alexandre, pour un travail de nettoyage de pâturages et sous-bois. Eau du ruisseau sale et pataugée par le bétail, pas de contrat, pas d'horaires, travail du dimanche au dimanche… Mais la plainte essentielle de Reginaldo et ses 3 collègues était que le gato se refusait à les payer comme prévu, disant qu'il paierait seulement quand ils auraient terminé tout le service et payé toutes leurs dettes (l'intermédiaire avait avancé un peu d'argent aux familles avant de partir). Il était violent et grossier. Reginaldo avait profité d'une absence du gato pendant un jour pour quitter la ferme et venir jusque Araguaína, mais il était à l'agonie : il fallait absolument qu'il retourne à la ferme avant le retour du gato. Il nous suppliait de faire tout le possible pour que l'inspection du travail aille les libérer de cet enfer. Finalement nos avons réussi à déclencher une inspection mais, quand elle est arrivée sur place, le gato, suspectant une possible dénonciation, avait déjà renvoyé les ouvriers agricoles qui en furent pour leur compte.

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4. FRANCISCO ANTÔNIO DO NASCIMENTO

Le premier contact de Francisco avec la CPT de Tucumã fut à la fin de mai 2009. Originaire du Ceará (Nordeste), il avait alors 46 ans mais paraissait bien plus âgé. Travailleur rural, illettré, sans domicile fixe, sans documents d'identité. Il venait pour présenter sa plainte contre la fazenda Cajueiro, dans la commune de São Félix do Xingu, pour une situation que nous qualifions de surexploitation, porte d'entrée pour le travail esclave. Nous l'avons d'abord orienté pour qu'il fasse émettre ses papiers d'identité (RG & CPF), fasse un examen médical et obtienne un certificat attestant son problème à la colonne vertébrale. Nous l'avons aussi mis en contact avec notre avocate-partenaire de la CPT avec la possibilité de lancer une action auprès de la Justice du Travail. La CPT prit en charge son hébergement dans un hôtel proche. Selon les dires de l'avocate, durant les premières conversations avec Francisco, il démontra une forte agressivité à l'égard du fils de son patron, gérant de la ferme, qui voulait le forcer à signer une fin de contrat (Termo de rescisão de contrato de trabalho, TRCT). « Je lui ai conseillé de ne pas signer ». Après réflexion avec l'avocate nous sommes venus à la conclusion qu'il était préférable de tenter un accord avec le fermier vu la situation de Francisco : un « peão do trecho » sans résidence fixe et éternel migrant. Un procès devant le juge du travail exigerait du temps et de la stabilité. Or il n'avait même pas où habiter. En outre il avait encore à obtenir des papiers d'identité et il lui faudrait trouver des témoins pour le procès. Or tous ses collègues, par peur, se récusaient à témoigner.

Dans le but de proposer notre médiation pour un accord, nous avons alors fixé une réunion au siège de la CPT avec le gérant de la ferme, fils du patron et son avocat, en présence de notre avocate. Peu de temps avant, ayant reçu des menaces, Francisco fut transféré vers un autre hôtel, dans une ville voisine. La tentative de médiation échoua, le gérant ne voulut rien entendre ni rien céder. Nous étions dépités et sans savoir que faire pour Francisco. Or, coup du hasard ou plutôt de la providence, quelques jours après, voilà qu'apparut chez notre avocate un autre ouvrier agricole, nommé Alexandre, qui avait travaillé dans la même ferme et voulait intenter un procès contre son patron. Il tomba d'accord pour témoigner dans le procès de Francisco et vice-versa. Il accueillit Francisco chez lui pour quelques jours mais, comme les menaces continuaient, nous avons jugé bon de retirer Francisco de la région et de le confier à nos collègues de la CPT de Marabá jusque la date de l'audience, tandis que l'autre travailleur, également menacé, se cacherait dans la campagne.

Malheureusement le cas de Francisco n'eut pas une conclusion heureuse… L'avocate prépara la pétition d'usage et commença l'action en justice. Francisco fut soumis à une expertise médicale qui détermina que sa maladie était consécutive au travail dans la fazenda et appuyait sa reconnaissance comme maladie professionnelle. Néanmoins, au jour fixé pour l'audience, il disparut de la circulation, très probablement par peur. Entretemps, Alexandre avait échappé de peu à une provocation du gérant qui tomba sur lui dans une station-service et tira une arme dans sa direction. Alexandre aussi avait acquis une arme et pour peu les deux renoncèrent à s'étriper… Dans la même période le gérant fut impliqué dans l'assassinat d'un autre ouvrier agricole et toute la ville en parla. Dans ces circonstances, nous optâmes pour signer un accord avec le patron devant le juge, en l'absence de Francisco. Jusqu'à aujourd'hui il n'a pas reparu et nous gardons sa carte de travail (CTPS) et ses papiers pour l'indemnité de chômage, pour le cas où il reviendrait. Nous savons que son patron est toujours à ses trousses…

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5. CÍCERO JOSÉ RODRIGUES DOS SANTOS

C'est notre équipe de Barra do Garças qui s'est occupée du cas de Cícero et ses 9 compagnons qui étaient venus demander secours après que leur patron les avait mis à la porte sans aucun salaire, dans les circonstances décrites dans la déclaration ci-après qui fut aussitôt portée à la connaissance du Promoteur de Justice de la ville (en l'absence de magistrat du travail ou de la Justice fédérale) et transmise à la direction du Ministère du Travail pour investigation et inspection sur place. Selon les informations fournies il y avait encore 20 autres ouvriers agricoles dans la ferme, mais cela ne fut pas assez pour convaincre l'inspection du travail d'aller sur place. Par la suite nous avons aidé les travailleurs à instruire leur plainte auprès de la Justice, mais la sentence n'a pas encore été rendue. Nous leur avons fourni alimentation et argent pour payer leur retour jusqu'à leur ville d'origine (Jaciara, intérieur du Mato Grosso).

Résumé de la déclaration de Cícero : lui et ses 9 collègues ont eu connaissance d'une proposition de travail dans la fazenda Terra do Sol, du propriétaire Mauro. Il s'agissait de couper une forêt d'eucalyptus et de charger le bois coupé sur un camion. Sur place la proposition faite était d'un salaire de R$ 40 par jour plus fourniture de l'alimentation, du logement et des instruments de travail. Le logement était fait de bâches improvisées et était à 8 km à pied du local de travail. Pas de toilettes, pas d'équipements de sécurité, beaucoup de rats et de serpents, des produits vénéneux éparpillés au milieu du baraquement, une eau tirée du ruisseau par un camion-citerne (qui transportait aussi les étuis vides de produits toxiques) et le repas pris sur place au milieu du travail qui allait de 6h à 18h30. Dès la fin du premier mois de travail, Mauro se récusa à payer en argent et remis aux ouvriers un « bon à valoir », promettant que sous peu il paierait, chose qui se reproduisit à la fin de chacun des mois suivants sans aucun paiement. Quand arriva la fin du service, le 25 août, le groupe fut intimé à décamper, l'alimentation coupée et le baraquement détruit par deux tracteurs, avec perte de toutes leurs affaires personnelles. Photos fournies par les travailleurs.

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6. IVO FERREIRA BARROS : DE L'ESCLAVAGE À LA LUTTE POUR LA TERRE AVEC LE MST ET LA CPT

44 ans, né à Barra do Corda – Etat de Maranhão, alphabétisé, union stable, 5 enfants et 3 petits-enfants, habite le Pará depuis 28 ans. Dans le Maranhão, sa famille composée de 10 frères et sœurs, sans terre, a décidé de migrer vers le Pará sur la base d'informations vantant les opportunités offertes dans cet Etat pour des gens pauvres, comme eux. A 16 ans, déjà dans le Pará, il décide d'aller tenter sa chance comme orpailleur dans une mine d'or (la Serra Pelada et 2 autres endroits). Il y reste 2 ans. Vu le peu d'argent qu'il réussit à y gagner, il se me met alors à travailler dans des fazendas, tandis qu'il constitue famille. Habitant dans la région sud du Pará, à Redenção, une ville d'où partent beaucoup d'ouvriers agricoles embauchés dans les fazendas par des recruteurs, il est resté sans contact avec sa famille d'origine pendant 19 ans.
En 2001, le gato José Elias recrute un groupe de 90 travailleurs, dont Ivo, pour la fazenda Estrela de Alagoas, pour des travaux d'entretien de pâturages. Le groupe d'Ivo, après avoir terminé ses 10 premiers alqueires de travail (près de 50 hectares) décide, en fonction de la dureté du travail et des conditions (ils sont surveillés par des types armés) de demander leurs comptes. Réponse du gato : « Vous ne partirez d'ici qu'après avoir terminé tout le service ». Obligés de rester, ils tentent alors de négocier une augmentation du prix combiné. Dans le feu de la discussion un des garde-chiourmes, frère du gato, tire et pour peu le manque. Le climat devient si tendu que 4 des 5 ouvriers agricoles de l'équipe d'Ivo décident de fuir. Après 2 jours et une nuit de marche, et de l'auto-stop, ils parviennent à Marabá où ils se présentent à la Police Fédérale qui les renvoie à la CPT qui envoie aussitôt leur plainte à Brasília et obtient qu'une équipe du Groupe Mobile d'inspection vienne sur place 22 jours plus tard. Ivo est leur guide. Les faits confirment la plainte. 100 travailleurs sont libérés et payés sur le champ. Les inspecteurs leur remettent le dépliant informatif de la CPT (« Sanfoninha »). Le propriétaire de la fazenda, une entreprise de construction d'Alagoas (Lima Araujo) en est à son 4e flagrant-délit de pratique du travail esclave (dans leurs 2 fazendas : Estrela de Maceió et Estrela de Alagoas). Il sera condamné à payer 5 millions de R$ à titre d'indemnisation des dommages moraux collectifs (un record à ce jour).

Impressionné par l'expérience d'une famille installée par le programme de réforme agraire dans le Projet Palmares, Ivo décide en 2006 de se joindre à un campement de travailleurs sans-terre mobilisés par le MST (Mouvement des travailleurs sans terre) pour exiger l'expropriation de la fazenda Rio Vermelho, une action accompagnée par la CPT de Xinguara au cours des 5 dernières années et qui est un symbole de la question agraire en Amazonie : la ferme Rio Vermelho est l'une des 13 fermes possédées par la famille Quagliatto dans la région (une famille connue comme « les rois du bœuf ») et est en partie installée sur des terres publiques usurpées : 2087 hectares qui, si la Justice Fédérale se prononce selon la demande formulée par l'INCRA (organe fédéral responsable du programme de réforme agraire) à la demande de la CPT et du MST, reviendront à la puissance publique et permettront l'installation de plus de 100 familles. Le procès est bien avancé, renforcé qu'il est par les premières investigations de l'INCRA qui montrent que la fazenda est en dessous des critères minimaux de productivité exigées, ce qui justifie en soi sa possible expropriation. Appuyé dans tout le processus par la CPT, Ivo est l'un des membres actifs de l'acampamento João Canuto, nom donné à ce camp de fortune, en lutte pour une terre et une solution durable au problème de l'esclavage moderne.

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7. RONIVAL : LA FERME DU VAL DE RÊVE OU LE JOUR OÙ JOEL LIBÉRA RONIVAL
Ce 17 août, en milieu d'après-midi, deux ouvriers agricoles se présentent à notre bureau de la Commission Pastorale de la Terre, à Araguaína. Tous deux sont visiblement épuisés : le plus jeune, Joël, 30 ans, nous explique qu'il arrive de la ferme du Val de Rêve, une propriété d'un millier d'hectares, située à Santa Isabel do Araguaia, dans le Pará, où il est allé libérer (libérer : ce sont ses propres mots) l'autre homme, plus vieux, Ronival (69 ans). Ils nous racontent comment au milieu de la nuit précédente, ils ont quitté la ferme dans le plus grand secret et ont parcouru 25 km à pied, au milieu de forêts et de pâtures, jusqu'à rencontrer un lieu plus sûr, et atteindre la grand'route où ils ont pris un autocar jusque la ville de Santa Isabel puis un autre jusqu'à Araguaína (200 km).

Ronival paraît particulièrement affaibli : anémique, il pèse 51 kg, présente une fracture ancienne à la clavicule gauche, se plaint de gastrite, a souffert de la faim… Il n'a pas de carte d'identité ni aucun document personnel. Il connaît sa date de naissance : 23 décembre 1941 ; son lieu de naissance : Lages, dans l'état de Santa Catarina ; l'endroit où il a grandi : Montes Belos, dans celui DeGoiás, et le temps qu'il a passé dans la dernière ferme : 10 ans et 8 mois. Il se souvient qu'il pesait 72 kg quand on l'y a embauché pour assurer les « services généraux » : entretenir les pâtures et s'occuper des animaux (bétail, poules, porcs).
Il a une fille, Vanuza, âgée de 24 ans. Au début, à la ferme du Val de Rêve, elle l'aidait dans les divers travaux. Puis, voici 6 ans, elle s'est mise en ménage avec un vacher des environs, Rogério, et vit avec lui dans la ferme de Pedro Duque, à 15 km. Là elle élève ses trois enfants : mais ni elle ni eux ne sont enregistrés à l'état civil ; aucun des enfants n'est scolarisé ; le plus âgé, 10 ans, « aide » aux travaux de la ferme.

Quand il commence à décrire ses conditions de vie à la ferme du Val de Rêve, Ronival se met à pleurer doucement. Durant les 6 premières années, on l'autorisait au moins à accrocher son hamac dans la partie externe de la maison du propriétaire, mais par la suite, quand celui-ci fit place à son fils et sa petite famille, Ronival fut relégué dans un abri fait de planches, à 200 mètres de là, sans électricité, ni eau, ni sanitaires ; tout juste pouvait-il utiliser pour tous ses besoins un ruisseau adjacent où s'écoulaient jusqu'à il y peu les rejets d'une laiterie située en amont et où le bétail venait s'abreuver. Il ne percevait aucune rémunération, sinon une fois ou l'autre un avoir qu'il échangeait contre quelques maigres produits, à l'épicerie du village. A propos de sa denture ravagée, il justifie : « J'avais souvent des rages de dents. Quand ça faisait trop mal, je faisais un bain de bouche à l'essence de voiture. J'avais toujours une fiole d'essence en poche ». Et sur sa fracture à la clavicule gauche : « c'était en 2005, j'étais tout seul dans le corral pour vacciner un bœuf de plus de 300 kg. D'un seul coup il a foncé sur moi… J'ai été projeté à une dizaine de mètres. Après trois jours au repos pour désenfler l'épaule, j'ai repris mon service. Les trois côtes cassées ont fini par se recoller mais pas la clavicule ».
En juillet de cette année, le patron lui signifia son renvoi. Mais lui, sans avoir où aller, resta sur place, dans sa baraque. Alors les menaces redoublèrent : « De ce qui est à moi, tu ne tireras rien ! Et si tu me cherches [au tribunal], tu meurs ». Terrorisé, Ronival résolut de demander secours au village.

Quant à son « sauveur », nous le connaissions déjà depuis plus longtemps. Dans le passé, Joël avait rendu visite à la CPT à deux reprises : à Xinguara, dans le Pará, et ici à Araguaína, dans le Tocantins. Chaque fois c'était pour dénoncer une ferme qui, disait-il, l'avait exploité comme « esclave » : la ferme Moriçoca (à Ourilândia do Norte, en août 2008) et la ferme Água Limpa (à Araguaína, en août 2010).

La première fois, il fut orienté par Aninha, notre collègue de Xinguara, à prendre un avocat en attendant une improbable inspection. Pour ne pas rester sans rien faire, il prit un boulot dans la ferme Ana Paula, de Xinguara : du haut d'une remorque de tracteur, il déchargeait les piquets d'une future clôture mais fut victime d'un sérieux accident quand la remorque chargée à plein se renversa, déversant sur lui une partie du chargement ; on ne lui fournit aucune assistance ; deux jours durant il resta sans pouvoir travailler ; l'alimentation était si misérable qu'il résolut de partir, de nuit, marchant durant 40 kilomètres jusque Xinguara. Lui, Joël, dans ces situations-là, n'a jamais eu la chance d'être « libéré » par un inspecteur du travail.

La deuxième fois, à Araguaína, Joël avait passé quelques semaines à la Casa Dona Olinda (une maison d'accueil tenue par la CPT à quelques kilomètres d'Araguaína), tandis qu'il attendait la sentence du Juge du Travail qui devait condamner son dernier employeur à lui payer ses droits ; il l'avait dénoncé, en dépit des menaces reçues de lui sur son portable . Il s'était montré très actif durant tout le temps qu'il resta avec nous, collaborant volontiers aux travaux de la Casa Dona Olinda, mais présentant des signaux évidents d'angoisse et un vif sentiment de persécution. Ce fut l'occasion aussi de faire les examens que requiert son problème de migraine chronique : consultation auprès d'un spécialiste en tomographie, avec l'appui de la CPT. Tandis que nous attendions son tour dans la file de l'hôpital, il me conta sa longue trajectoire d'ouvrier « de grand chemin », de ces ouvriers agricoles (peões do trecho) qui, la vie durant, vont de ferme en ferme. Il me cita une quinzaine de propriétés où il avait déjà travaillé et sept gatos qui l'avaient un jour recruté pour le compte d'un de ces fermiers . D'au moins cinq d'entre elles, il était sorti sans un sou. « Je n'ai jamais rencontré d'inspecteur du travail. Le type d'inspecteur que je connais, c'est le garde-chiourme, celui qui est là pour surveiller mon travail. Je sais maintenant que celui-là c'est un inspecteur d'esclave, comme je dis. Je me dis toujours en moi-même : ça c'est pas un boulot humain, c'est un boulot d'esclave ! Mais j'ai toujours eu l'idée que peut-être la prochaine fois ça pourrait être mieux, alors j'ai continué à tenter ma chance…». Joël avait finalement repris la route, cette fois en direction de Goiânia où l'attendait un autre travail. Et voici qu'il revenait, cette fois avec Ronival. Il expliqua qu'il avait entendu parler de la situation précaire de Ronival depuis des années, par sa mère qui habite non loin de la ferme du Val de Rêve. Cette fois « j'ai décidé de demander secours pour lui. J'ai appelé la CPT de Xinguara, sur mon portable. Demandé à Aninha d'appeler la Police Fédérale. Elle m'a dit qu'il valait mieux s'adresser directement à Marabá, plus proche de la ferme. Mais je ne voulais pas m'exposer davantage : à Marabá, c'est sûr, quelqu'un pourrait me repérer, me prendre en chasse, mettre ma vie en danger. Alors j'ai décidé de faire le travail par moi-même : d'aller libérer Ronival. C'est ce que j'ai fait. Et maintenant je suis sûr que vous allez nous aider, que vous aller prendre soin de Ronival, que vous allez l'accueillir à la Casa Dona Olinda et faire ce qu'il faut pour qu'il se remette d'aplomb et qu'il lui soit rendu justice. Vous allez faire ça, pas vrai ? »
Sans aucun document d'état civil, on ne peut pas faire grand'chose dans la vie : pas possible de faire un check-up à l'hôpital public, encore moins s'il s'agit d'une opération de la cataracte, et pas possible non plus d'instruire un procès contre votre employeur. Vous n'existez pas.
Ronival nous est arrivé avec l'œil gauche totalement aveugle et une perte de vision de 60% à l'œil droit. Depuis le 27 septembre, il a déjà récupéré complètement la vue sur son œil gauche grâce à une opération de la cataracte que nous avons pu financer. La semaine prochaine, en vertu d'un procès spécial autorisé par le Juge du Travail compétent (un allié de premier plan dans la lutte contre l'esclavage moderne), Ronival va pouvoir poursuivre en justice l'ex-employeur qui l'a maintenu dans une situation « pire qu'une bête » pendant plus de 10 ans.
Nous n'avons pas trouvé trace d'une quelconque mention de son nom dans les registres officiels où nous avons sollicité une recherche sur le nom de Ronival. Et pas plus sur le nom de Roni, son frère jumeau. Si c'était possible d'en trouver trace, Ronival assumerait sans problème l'identité de son jumeau. D'après ce qu'il dit, Roni est mort en 1971 quand il est tombé dans une presse à canne-à-sucre qui l'a aussitôt avalé. C'était à Divinópolis (Minas Gerais).
Le seul chemin qui reste est de lui produire une nouvelle identité. C'est un processus lent et long dont nous venons de franchir la première étape. Si tout se passe bien, le registre civil de Ronival rendra possible celui de sa fille, Vanuza. En cascade, Vanuza pourra enregistrer ses trois enfants : Camilo, 4 mois ; Valéria, 7 ans et Francisco, 10 ans.

Pas de doute, « si Dieu le veut », dans moins d'un an, Francisco fréquentera l'école primaire, et une inspection sera réalisée dans la ferme où ses parents et lui-même sont exploités, dans des conditions qui sont probablement analogues à ce qui est considéré comme de l'esclavage moderne ; le propriétaire de la fazenda Val de Rêve aura été condamné au paiement de lourdes indemnités au profit de Ronival ; et Ronival pourra décider où et comment il veut vivre : tout indique que ce sera sur une terre qu'en rêve il se voit occuper en partage avec Vanuza, Rogério et ses petits-enfants.

Joël aime à lire des livres « qui parlent du passé ». Récemment il a lu d'une traite l'histoire du Père Josimo intitulée «Todos sabiam » (Tout le monde le savait), ce prêtre noir de 33 ans, fils de Dona Olinda, assassiné en 1986 dans le Bico do Papagaio pour avoir pris la défense des posseiros et sans-terre, spoliés par les grands fazendeiros. Joël garde un contact sporadique avec sa famille : ses parents ont une parcelle de terre dans le Pará à Santa Isabel ; un de ses cousins est policier à Araguaína et a commencé son Droit, grâce à une bourse attribuée aux « bons élèves » ; sa tante est « madame-pipi » à la gare routière ; ses frères travaillent sur la terre d'autrui mais ont une résidence stable, dans le Pará. Son rêve serait d'obtenir un emploi autonome ou un bout de terre à lui. Pas la terre d'un autre qui l'exploite. Il dit de manière définitive : « Jamais plus je n'irai travailler chez ces gens-là ».

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